Avant de revenir, il fallait clôturer ce long chapitre : six années d'écriture centrées sur un personnage sicilien, bercé par la mer et les cris d'une famille mafieuse. Six années de fourrure, d'incendies, de deuil et de ciels bleus, rouges, gris. Avec JVLIVS, SCH n'a pas seulement construit une trilogie : il a donné vie à un univers dont il lui faudra désormais accepter de se détacher.
Mais en six ans, quelques petites choses ont changé. Entre un nouveau public, en quête d'un personnage aux cheveux plaqués, et les anciens, éternellement nostalgiques d'un Himalaya — pour toujours les scélérats —, SCH réussira-t-il à convaincre les deux facettes de son public ? Ou faudra-t-il, pour avancer, accepter d'en décevoir une partie ?
Moins gâté, plus scélérat
Aux côtés du journaliste @antoine_sarl, SCH évoquait le silence dans le rap lors d’une interview pour YARD. Il ajoutait ces mots : “Un an, ça va ; deux ans, ça peut devenir meurtrier”. Mais ce Bélier ascendant Bélier a bien failli avoir tort, JVLIVS : Ad Finem, dernier volet de cette trilogie, fêtera ses deux ans en décembre prochain. Et voilà que l'éternel rookie semble revenir à temps, comme s'il s'agissait aussi de ne pas laisser ses propres paroles se retourner contre lui.
Reste à savoir ce que ce retour nous réserve. SCH cherchera-t-il à renouer avec quelque chose de plus brut, de plus épuré, en s'éloignant des artifices qui ont façonné l'univers de JVLIVS ? Les premiers indices invitent, du moins, à se poser la question.
Dans son extrait partagé ce 20 octobre sur Instagram, SCH apparaît seul, dans un décor extérieur qui semble, aux premières apparences, apaisé. La fourrure est tombée à l'eau, les cheveux longs que sa mère aimait tant appartiennent désormais au passé. L'image tranche avec celle du personnage que l'on a suivi pendant six ans.
Quelques paroles se sont également laissées entrevoir. Dans un contexte agité, ces mots résonnent d'une manière particulière : “Dehors, ça pue le ras-le-bol, le feu les passionne”. Une phrase qui semble trouver un écho dans l'époque, alors même que l'on ignore encore ce que SCH s'apprête à raconter.
Pour l'instant, il ne reste que des indices, des suppositions et cette attente propre aux retours que l'on espère à la hauteur des souvenirs.
Alors même que l'on évoque le besoin de rupture avec cette trilogie, SCH semble glisser un clin d'œil à son premier JVLIVS, paru en 2018. Le visuel de cette pièce qui semble tout droit tombée des enfers, représente trois têtes de chiens. Difficile de ne pas penser à ces mots :
“Musique des ténèbres, chien à trois têtes sans la laisse.”
Simple référence à un univers que l'on s'apprête à quitter, ou signe que certains symboles continueront de nous accompagner ? Après tout, clôturer un chapitre ne signifie pas nécessairement en effacer les traces.
« Comme Jean-Philippe Smet »
Et si SCH prenait un virage contrôlé vers la variété française, voire vers le rock ?
L'idée n'est peut-être pas aussi saugrenue qu'elle en a l'air. Entre son admiration pour Eddy Mitchell, son attachement au titre Sacrifice d'Elton John et certaines phrases qui portent en elles quelque chose du rock de Johnny Hallyday, il y a un cheminement à explorer. Pas nécessairement celui d'une rupture, mais celui d'un artiste qui pourrait s'autoriser à élargir son terrain de jeu.
Le marseillais nous a déjà montré qu'il pouvait sortir du cadre. La Nuit, en 2017, révélait une autre facette de son interprétation, tandis que Deux mille, repris avec Clara Luciani, témoignait de sa capacité à explorer d'autres nuances. Sa plume, elle, n'a jamais vraiment eu besoin de changer de registre pour retenir l'attention.
SCH écrit dans des carnets, et ça s'entend. SCH, c'est brut, et ça se ressent aussi. Il y a chez lui un goût pour les images, les formules et les histoires qui pourrait survivre à n'importe quel changement d'instrumentation.
Quant au rock, les prémices se sont peut-être déjà laissées entrevoir sur scène. Lors de sa dernière tournée, certains arrangements, notamment sur Quartiers Nord, accompagné de son guitariste Raoul Chichin, ont ouvert une fenêtre sur ce que pourrait devenir cette facette de son univers. Le final sur Lumière blanche prolonge cette réflexion sur la place du spectacle et de l'interprétation dans sa musique.
Reste à savoir si SCH choisira de pousser cette porte. Car le plus intéressant ne serait pas de le voir abandonner le rap, mais de découvrir jusqu'où il peut l'emmener.